Les Labbes : une famille d’oiseaux peu connus mais présents sur toutes les mers… et même sur le Léman !

Les Labbes : une famille d’oiseaux peu connus mais présents sur toutes les mers… et même sur le Léman !

Philippe Delacrétaz, naturaliste, anc. prof.de science au gymnase

On pourrait les penser paresseux: Ils se nourrissent d’aliments pêchés et souvent pré-digérés par d’autres. Ce régime parfois peu appétissant donne lieu à des ballets poursuites spectaculaires au dessus des mers du nord.

Ils ressemblent de loin à des mouettes ou des goélands très sombres. Avec leurs pattes palmées, ce sont clairement des oiseaux adaptés aux milieux aquatiques. Mais c’est leur bec un peu crochu qui donne le premier indice : ce sont les rapaces des mers !

On reconnaît actuellement 7 espèces réparties en 2 groupes : 5 espèces, à l’allure massive comme le Grand Labbe des côtes d’Europe du Nord, et 3 plus petites espèces qui nichent dans l’Arctique et migrent vers l’hémisphère sud en hiver.

Couple de Grands Labbes Catharacta skua en parade en Islande, été 2010

Plus petit, le Labbe parasite Stercorarius parasiticus, Spitzberg, été 2017

Les labbes sont des pirates !

Plutôt que d’aller chercher eux-même leur nourriture, ils s’attaquent aux autres oiseaux marins pour leur voler leur nourriture. Dès qu’ils repèrent une sterne avec des poissons dans le bec ou un goéland qui ramène de la nourriture à ses jeunes, reconnaissable à son jabot gonflé, ils le prennent en chasse jusqu’à ce que, le stress aidant, leur «proie» laisse tomber ou régurgite leur nourriture, vite récupérée par le labbe. Ces poursuites sont souvent extrêmement spectaculaires.

Ce comportement leur vaut le terme de kleptoparasites.

Labbe parasite poursuivant une sterne arctique, Islande, été 2010

On s’y met à plusieurs ! 4 Labbes parasites poursuivent une Sterne arctique, Islande, été 2010

Poursuites sur fond de glacier, Labbes parasites et Sternes arctiques, en Islande en été 2010

Ils se nourrissent aussi d’autres manières, en pêchant, en tuant de petits oiseaux ou mammifères, en volant des œufs, ou encore en se nourrissant de charognes.

Les 3 «petites» espèces, qui se différencient entre autre par la forme et la longueur de la queue chez les adultes, nichent toutes dans le grand nord mais hivernent dans des régions différentes : le Labbe pomarin sur les côtes de part et d’autre de l’équateur, le Labbe parasite sur les côtes de l’hémisphère sud et le Labbe à longue queue, plus au sud encore, au large des côtes de l’Antarctique.

Le Grand Labbe niche de l’Écosse au Spitzberg en passant par l’Islande et la Scandinavie. Il hiverne principalement au large des côtes européennes de la Bretagne au détroit de Gibraltar, mais descend parfois jusqu’au îles du Cap-Vert. Certains on été observé de l’autre côté de l’Atlantique, au sud jusqu’au Brésil.

Dans l’hémisphère sud :

Trois autres espèces proches du Grand Labbe nichent dans l’hémisphère sud : le Labbe du Chili qui ne quitte guère les côtes de l’Amérique du Sud, le Labbe antarctique qui occupe le sud de la Patagonie et la quasi-totalité des îles subantarctiques et le Labbe de MacCormick qui niche uniquement sur le continent Antarctique mais qui passe ses hivers dans l’Atlantique-Nord et le nord du Pacifique.

Labbe antarctique à la recherche d’un poussin non surveillé dans une colonie de Manchot de Magellan, Argentine, novembre 2014

Gaia rencontrera des labbes.

Cette année, le périple de Gaia l’amènera dans les régions où nichent le Grand Labbe et le Labbe parasite, en Écosse, aux îles Féroé, en Islande et au Groenland (Labbe parasite uniquement).

Les Labbes nichent tous au sol et sont assez facilement repérable : ils défendent énergiquement leurs nids et petits par des attaques en vol qui finissent parfois par des coups de bec sur la tête des intrus. Comme d’autres oiseaux qui nichent au sol, ils simulent parfois aussi une aile cassée pour attirer au loin un prédateur qui s’approcherait trop de leur nid ou petits.

Labbe parasite, Spitzberg, été 2017

Intimidation de l’auteur par un Labbe parasite, Spitzberg, été 2017, photo : Manuel Ruedi

Poussin de Labbe parasite, Spitzberg, été 2017

Labbe parasite qui se traîne en simulant une aile cassée (on devine la pointe de l’aile gauche traînant au sol), Spitzberg, été 2017

En Suisse :

Bien qu’éloignée des océans, on peut y observer les 3 petites espèces lors de la migration automnale qui débute dès le mois d’août.

Sur le lac Léman ce sont principalement de jeunes Labbes à longue queue qui sont observés ; il faut néanmoins aller les «chercher» en bateau au beau milieu du lac, le secteur compris entre Allaman et Thonon étant de loin le meilleur !

Le passage culmine en septembre, le Labbe pomarin, plus tardif pouvant être observé jusqu’en décembre.


Labbe parasite pourchassant une Mouette rieuse, Lac Léman devant la Côte au large de Buchillon le 16 septembre 2018, photo : Lionel Maumary

Le Grand Labbe est observé aussi lors de sa migration automnale entre septembre et décembre.

Parfois ce sont des tempêtes sur l’Atlantique qui déportent des oiseaux marins vers l’intérieur des terres comme les 7 Grands Labbes observés sur les lacs suisses entre le 29 décembre 1999 et le 8 janvier 2000 suite à l’ouragan «Lothar».

Fait exceptionnel, 2 jeunes Grands Labbes ont fait des séjours prolongés sur le Léman, l’un de février 1998 à juin 1999, l’autre entre novembre 2000 et juillet 2002, observés alternativement sur les lacs Léman et de Neuchâtel et vus pour la dernière fois sur le lac de Bienne (départ pour le Nord?!)


Grand Labbe devant un bateau de la Sagrave sur le Léman, 12 sept 2001 photo : Jean-Marc Fivat


Grand Labbe et Grands cormorants, devant le château de Chillon, 6.4.1998, photo : Jean-Marc Fivat

Bibliographie :

del Hoyo, J., Elliott, A. & Sargatal, J. (1996) : Handbook of the Birds of the World. Vol. 3. Hoatzin to Auks. Lynx Editions, Barcelona.

Maumary, L., Vallotton L. & Knaus P. (2007) : Les oiseaux de Suisse. Station ornithologique suisse, Sempach, et Nos Oiseaux, Montmollin.

One thought on “Les Labbes : une famille d’oiseaux peu connus mais présents sur toutes les mers… et même sur le Léman !

  1. Tout ça est nouveau pour moi. Quels oiseaux pirates ces Labbes! Que se passerait-il si un Grand Labbe rencontrerait un Aigle? Je suppose que l’Aigle est mieux équippé pour se défendre, non? Nous vous souhaitons un beau voyage à tous les deux.

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