Retour des Hébrides extérieures

Retour des Hébrides extérieures

Le château dans la baie de Castelbay a été, ai-je lu, utilisé dans un film “Tintin et l’île Noire. S’il a bien des caractéristiques de celui dessiné par Hergé, il lui manque l’île et très probablement le gorille, encore que nous n’en soyons pas sûrs, car une énorme grille barrait l’accès du monument quand nous nous en sommes approchés à bord de notre annexe (plus légère que le canot qui a emmené Tintin sur l’île noire). Il faisait beau et calme ce matin là, mais cela ne devait pas durer. Nous avons changé Gaia de place, pour être face au vent fort annoncé pour la fin de la journée et le lendemain. Manoeuvre parfaite à deux, et bonne décision. Nous étions face au vent et non poussés sur le ponton flottant au plus fort du coup de vent. Pluie, vent pendant des heures, nous commençons à connaître, et, parfois, à en avoir assez.

Grille du château de Castelbay

Nous avons quitté Castelbay, et les Hébrides, par un matin encore gris après avoir consulté la météo des jours suivants et constaté que la période de beau temps établi était bien passée. Nous avons donc décidé de ne pas faire le tour par le nord de Skye, mais mais de revenir vers Canna puis Mallaigh où nous laisserions passer le coup de vent suivant. Plus la journée passait plus le temps s’est éclairci. C’est avec du soleil que nous avons passé près du petit phare sur un caillou agressif et désolé, Oigh Sgeir. Un endroit réputé pour ses courants forts, mais tranquille par cette belle après-midi. De nombreux dauphins nous ont accompagnés pendant notre approche, puis quelques phoques se sont laissés entrevoir nageant entre les rochers. Enfin un immense requin pèlerin -cetorhinus maximus- s’est trouvé nageant paisiblement à côté de Gaia avant de disparaître dans un large mouvement de queue.

Des dauphins jouent avec notre étrave
Requin pèlerin
Il disparaît dans un grand mouvement de queue

Nous avons pris un coffre à Canna, plutôt que de mouiller notre ancre, et sommes allés faire quelques pas sur l’île avant de passer une soirée dans les lumières d’un coucher de soleil lent, doux et transparent à notre bord. Les ciels écossais peuvent avoir des bleus presque turquoises nappés de jaunes et de gris, le tout infiniment léger, des fenêtres sur l’univers, et des hymnes à la diffusion de Rayleigh. Nous nous sommes endormis dans une baie lumineuse et paisible pour nous réveiller dans un vent puissant, sous une pluie battante, sur un bateau dansant sur les vagues générées par le vent qui entrait droit dans la baie sensée nous abriter. Les ciels écossais peuvent être d’un gris puissant, mouillé, froid, lourd, opaque, un rappel de la diffusion de Mie. Bref cette nuit nous sommes passés du paradis au purgatoire sans nous déplacer et sans avoir pécher autrement que d’un verre de vin et d’un cigare.

Lumière du soir

Malgré ces conditions peu engageantes, nous sommes partis pour Mallaigh, histoire d’être dans un port pour le coup de vent suivant. Le chemin fut humide, mais notre cockpit est bien protégé, et venteux, mais Gaia est de taille. Nous avons navigué sous grand voile et trinquette, ce qui nous a permis de faire tous les virements nécessaires sans toucher une écoute, notre trinquette étant “autovireuse”.

Gaia sous trinquette dans la grisaille

Mallaigh est une petite ville dont le port sert de hub pour de nombreux ferry qui relient les îles des environs. C’est aussi un port de pêche actif. C’est un port relativement mal protégé du nord, direction du coup de vent attendu. Heureusement une drague fermait une partie du port, nous donnant un abri raisonnable pendant le gros du coup de vent. Mallaigh possède cependant un gros avantage sur de nombreux ports et abris, c’est une boulangerie dans laquelle on trouve du pain artisanal plutôt que des éponges dans des sacs en plastique. Nous avons acheté des langoustines à un pêcheur voisin et passé une soirée avec l’équipage d’un bateau de passage. Une belle marche mène du port vers une vallée et un col avant de revenir vers la ville. Les pentes des collines sont couvertes de bruyère en fleur à cette saison, le fuchsia partage alors la palette des couleurs avec le vert des prés et des fougères.

Bruyère au soleil

Deux jours plus tard départ pour Rum, sans “h”, une des “small islands” au sud de Skye. On y trouve une baie dans laquelle nous avons mouillé pour une nuit paisible. Il y a au fond de la baie une espèce de manoir, le château de Kinloch, une construction de la fin du XIX, aussi absurde que le château de Holy Head, pas encore en ruine mais cela viendra, immense, meublée, pouvions-nous voir par les fenêtres, inoccupée, fermée, barricadée. On y imagine des séminaires d’initiés, si tant est que l’on puisse faire venir des personnes aussi près du bout du monde. Il ya quelques maisons habitées de personnages baba cool, un peu sauvages, des hippies nous avait averti Bob. Sauf que ces habitants sont beaucoup trop jeunes pour avoir connu les années 60 ou 70. Si par une soirée d’été somme toute raisonnable tout ceci a l’air mouillé, vert et gris, que doit être la vie ici en novembre?

Kinloch

Le lendemain, départ pour la région de Tobermory , histoire de laisser passer le coup de vent suivant, annoncé du sud cette fois, une direction de vent pour laquelle Tobermory est bien protégé. Une superbe navigation qui nous a mené tout d’abord dans le Loch Drumbuie à quelques Milles de la ville pour deux nuits, une balade dans le vent et des heures douces avant de rejoindre le ponton devant la ville pour 4 jours de sud ou sud ouest frais avec de la pluie. Encore de belles balades, la mousse est omniprésente, un single malt local en pleine après-midi dans un hôtel qui fait penser à ceux qui dominent Montreux. De la pluie. Quel pays!

Il pleut bien assez pour que la mousse se développe généreusement

Nous avons eu besoin de quelques médicaments pour lesquels nous nous sommes fait envoyé une ordonnance par notre généraliste en Suisse. L’ordonnance dûment reçue nous l’avons présentée à la pharmacienne de Tobermory. Elle tient une officine, dans laquelle on trouve aussi du gin, qui rappelle doucement notre enfance et s’est quelque peu étonnée que nous ne puissions pas présenter de papier, Gaia étant dépourvu d’imprimante. Puis nous a dit devoir s’assurer que la signataire de l’ordonnance soit bien un médecin, enfin après quelques palabres, légers énervements de ma part et des téléphones, elle a décidé qu’elle pouvait nous vendre ce dont nous avions besoin et est devenue toute sourire et fière.

Pharmacie et pharmacienne de Tobermory

Le dernier jour “ventilé”, comme Pierre nous décrits ces journées dans ces courriers précisant la météo, nous sommes partis pour Oban. Grand voile arisée, trinquette, relax dans le sound of Mull. Le vent s’est essoufflé juste à notre arrivée et nous a offert une magnifique journée de navigation et une manoeuvre d’arrivée facile. Quelques courses, un dîner dehors; cette croisière n’est en aucun cas un délire gastronomique, mais parfois un cadre public nous réjouit les yeux.

Ensuite, hier, une belle journée annoncée avant la suite de la semaine sous la pluie et le vent. Nous en avons profité pour rejoindre Craobh Haven où nous laisserons Gaia. Des couleurs superbes, verts de toutes nuances, collines couvertes de bruyère. Nous avons décidé de passer par le plus aisé des sounds du sud d’Oban, le Sound of Loing. Nous y avons trouvé les courants importants attendus et avons facilement passé entre les cailloux. La mer dans ces passages se comporte comme un grand fleuve, avec ses remous gigantesques dans lesquels il faut barrer fermement pour que le bateau veuille bien poursuivre dans la direction exigée. Sachant que cette journée était la dernière agréable pour plusieurs jours nous avons fait une belle balade, vu un autre manoir improbable, mais plus habité que celui de Rum dans une belle odeur d’herbe mouillée fraîchement coupée.

Courant dans le sound of Loing

Aujourd’hui est une bonne journée pour penser aux travaux à faire avant de laisser le bateau, avec un doute sur la possibilité de trouver suffisamment d’heures sèches dans les jours qui nous restent pour rincer et sécher les voiles qui doivent être rentrées.

13 thoughts on “Retour des Hébrides extérieures

  1. Ravie de voir que vous avez finalement eu un peu de soleil. Merci de nous avoir fait voyager un peu dans le Nooooord😉

  2. Merci cher Thierry pour ce reportage du bout du monde.
    Les photos de Barbara sont en effet de toute beauté !
    Mes racines écossaises en frémissent encore…et l’odeur de ces mousses en sous bois me font l’effet des petites madeleines…en moins savoureux ! Heureusement que le single malt et le cigare ont produit leur effet sur le moral des troupes .

    J’ai retenu cette trinquette auto-virante qui a bien trouvé son utilité ces derniers jours… judicieux investissement !
    Me réjouis de vous revoir sur les eaux lémaniques qui ont su être tumultueuses en cette fin d’été…
    Bon retour on vous embrasse

  3. Trop beau. Les descriptions sont bien faites et les photos sont belles. J ai beaucoup aimé la photo du beau dauphin qui nage à côté de vous et la pharmacienne rousse.
    Quel beau voyage.

  4. Merci pour tous ces récits passionnants! Ça va nous manquer! Nous attendons avec impatience l’année prochaine pour la suite! Bon retour et à bientôt en plaine ou à la montagne!
    Amitiés
    Liliane et Matti

  5. Merci à Barbara et Thierry pour ce beau partage! Récit très intéressant et photos sublimes.
    Au grand plaisir de vous revoir bientôt “au sec”.

    Gros bisous Hélène

  6. Chers amis,
    L’atterrage sur Craobh Haven nous rappelle de bons souvenirs, Gwindask y a hiverné deux fois. Le garde-port était un homme charmant, espérons que c’est toujours le même….Le site est inédit et fort bien protégé même s’il est un peu loin de tout.
    Petit clin d’œil aux courants du Sound of Luing qui permettent de belles vitesses sur le fond ….
    Au plaisir de partager vos expériences et d’entendre vos récits.
    Bien amicalement à tous les deux.
    Annick et Claude

  7. Chère Barbara, Cher Thierry,
    Merci beaucoup pour toutes les nouvelles de bien loin…des récits passionnants… et des photos géniales avec dauphins et requins.
    Nous vous souhaitons bon retour .
    Amitiés
    Claude-Anne et Rainer

  8. Cher Thierry,
    Merci pour tes articles et tes photos qui nous font rêver. Quelles belles régions et quelles belles rencontres.
    J’espère que tout va bien pour vous.
    Bonne navigation et à bientôt.
    Amicalement
    Laurent

  9. Sublimes images, merci! Personnellement ça me donne plus envie de relire l’île noire de Tintin que de passer des journées entières sur un bateau…la diversité fait le charme de l’humanité!!!
    A une prochaine lecture, chers cousins.
    François

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