Quelques suggestions d’observations astronomiques

Quelques suggestions d’observations astronomiques

Maxime Spano, observatoire astronomique de la vallée de Joux

Mars 2020

Le ciel est beau, ce n’est pas parce que nous sommes confinés que nous ne pouvons pas le regarder.  Faisons le depuis nos fenêtres et balcons les soirs clairs de ce mois d’avril de confinement.

Nous vous proposons ici quelques observations faciles pour profiter du ciel qui est accessible gratuitement, pour tous et tout le temps.

Le ciel urbain est  dominé par la pollution lumineuse qui nous masque les étoiles les plus faibles. Nous vous proposons donc d’observer des objets  lumineux, plus brillants que les éclairages de la ville. Les observations sont également plus faciles si l’on regarde plus haut dans le ciel, là où le halo lumineux est moins présent.

L’environnement urbain fait également que nous n’avons pas forcément accès à tout le ciel et qu’un immeuble ou un balcon peuvent nous limiter dans l’espace observable.  Nous avons donc séparé le ciel en quatre zones définies par les points cardinaux : Nord , Est , Sud  et Ouest.

Toutes les cartes illustrant cet article ont été réalisées à partir du logiciel gratuit Stellarium pour la date du 15 avril 2020. Les observations et les cartes proposées dans cet article sont valables en début de soirée pour tout le mois d’avril (sauf pour la position de Vénus).

Direction NORD

La polaire et la comète

Comme nous vous l’avons appris dans un précédent article vous pouvez maintenant retrouver l’étoile polaire, et donc le Nord. Quand vous l’aurez repérée, cette étoile pourra vous servir de référence une fois pour toutes car elle ne bougera jamais dans le ciel (tant que vous ne changez pas de lieu d’observation).

Vous trouverez de part et d’autre de la polaire :

  • La casserole de la Grande Ourse avec ses 7 étoiles assez lumineuses et sa forme typique. Le printemps est une très bonne saison pour s’entrainer à la trouver car elle passe au plus haut dans le ciel et vous serez donc moins gênés par d’éventuelles habitations dans votre voisinage. Dans le manche de la casserole si vous regardez la deuxième étoile en partant de l’extrémité vous pourrez tester votre acuité visuelle. En effet si vous regardez attentivement vous verrez qu’il n’y a pas une mais deux étoiles : Alcor (la moins lumineuse) et Mizar (la plus lumineuse que l’on voit au premier abord). Et si vous avez un instrument d’astronomie vous constaterez que Mizar est elle-même une étoile double, ce qui la rend si lumineuse.

Cassrole

  • La constellation de Cassiopée. Souvent associée à une forme de W il faut bien garder en tête que le ciel tourne et que suivant la saison et l’heure d’observation il faudra plutôt chercher un M, un 3 ou même un ε (comme c’est le cas au printemps). Ces étoiles sont un peu moins lumineuses que la casserole mais la constellation est plus compacte ce qui facilite sa recherche. En revanche le printemps n’est pas la meilleure saison pour l’observer car elle est reste relativement basse. Si vous voulez bien voir Cassiopée et ses nombreux amas d’étoiles, mieux vaut attendre l’automne.

La comète C/2019 Y4 ATLAS

Pour l’instant seulement accessible aux petits instruments d’astronomie, cette comète pourrait devenir la star du printemps. A l’heure actuelle la comète est plus brillante que prévu. Si elle continue d’augmenter en luminosité, elle devrait devenir visible à l’œil nu aux environs de la mi-avril et le rester jusqu’à la mi-mai alors qu’elle s’approchera du Soleil.

Son repérage n’est pas facile car elle se trouvera tout le mois dans la constellation de la Girafe dont les étoiles ne sont pas très lumineuses. Repérer l’étoile principale du Cocher, Capella, sera utile. C’est une étoile très lumineuse, assez haute dans le ciel et qui forme un grand triangle rectangle avec Dubhe et Polaris. Durant la première quinzaine d’avril il faudra chercher la comète à mi-chemin entre Capella et Dubhe puis descendre un peu vers l’horizon. A partir de la mi-avril ce sera plutôt à mi-chemin entre Capella et Polaris qu’il faudra tourner son regard. Dans tous les cas une paire de jumelles pourra s’avérer très utile pour balayer une zone large et repérer cette comète. Nous vous indiquons en orange sur la carte ci-dessous la trajectoire de la comète pour le mois d’avril. Si vous voulez connaitre précisément sa position pour une date donnée vous pouvez regarder sur le site internet :
theskylive.com/c2019y4-info

Bonne chance !

CielNord

Direction EST

Spica, Arcturus et l’été qui arrive

Lorsque l’on regarde le ciel en début de soirée, nous avons toujours du côté Ouest les constellations de la saison précédente encore visible quelques semaines, vers le Sud les constellations de la saison en cours et vers l’Est les constellations de la saison suivante en train d’arriver.

Au printemps, deux étoiles sont particulièrement faciles à repérer coté Est : Arcturus et Spica.

Arcturus est l’étoile principale de la constellation du Bouvier. Son repérage est assez facile, il suffit de partir de la casserole de la Grande Ourse. Vous pourrez noter que le manche de la casserole forme un arc de cercle, si vous prolonger cet arc, la première étoile assez lumineuse sur laquelle vous allez tomber sera Arcturus ! A l’œil nu ou avec un instrument d’astronomie Arcturus montre une couleur orangée, il s’agit d’une géante rouge en fin de vie. Bien que faisant 25 fois le diamètre du Soleil elle est plus froide que ce dernier (mais en surface il y fait tout de même plus de 4200°C).

Pour trouver Spica, l’étoile principale de la Vierge, c’est tout aussi facile. Une fois Arcturus trouvée, prolongez vers le Sud l’arc de cercle que vous aviez commencé au niveau du manche de la casserole. Spica est un peu moins lumineuse qu’Arcturus mais apparait plus blanc/bleue, c’est une étoile jeune mais très massive et très chaude, ce qui lui donne cette couleur.

En regardant vers la Vierge nous avons accès plus facilement à l’extérieur de notre Galaxie, ce qui nous permet donc de voir d’autres galaxies (citons par exemple la galaxie du Sombrero située à proximité de Spica). Malheureusement les galaxies sont des objets difficiles à observer et qui nécessite un ciel bien noir ce qui n’est pas souvent compatible avec un ciel urbain.

CielEst Plus bas sur l’horizon les constellations d’été font leur apparition. Le serpent, plein Est, avec sa forme allongée caractéristique sera à chercher exactement sous le Bouvier. Plus vers le Nord nous aurons Hercule dont les quatre étoiles du trapèze sont les plus faciles à voir et finalement Véga relativement basse. Véga, plus lumineuse qu’Arcturus, a été choisie comme l’étoile de référence pour l’indice de luminosité (appelé magnitude en astronomie) et de couleur de toutes les autres étoiles du ciel.

Direction SUD

Sirius et le Lion

Si nous continuons notre voyage depuis la Vierge vers le Sud, au printemps, nous trouvons une zone avec finalement peu d’étoiles faciles à voir. En conséquence les grecs n’y ont quasiment placé aucune constellation. On y trouve le Corbeau, la Coupe et la très très longue constellation de l’hydre femelle. Pour arriver à trouver des étoiles repères facilement il faut tout d’abord se tourner vers le Sud-Ouest. Bien que basse, si vous avez un horizon dégagé, vous n’aurez aucun mal à trouver Sirius. En effet il s’agit de l’étoile la plus brillante du ciel nocturne. Etoile principale de la constellation du grand chien (qui est plutôt une constellation hivernale) Sirius apparait blanc/bleue dans un instrument d’astronomie. C’est une étoile jeune et assez chaude ce qui lui confère sa couleur. Mais ne vous y trompez pas, bien qu’elle soit environ deux fois plus grande que le Soleil, Sirius apparait très lumineuse simplement car elle se trouve très près de notre système solaire (nb : elle est seulement à 8.6 années-lumière de nous, mais cela représente tout de même 80 mille milliards de km 😉).

Quasiment plein Sud mais assez haut dans le ciel (ce qui est un avantage pour un ciel urbain) nous trouvons la constellation du Lion. Constituée d’étoiles relativement lumineuses le Lion est assez facile à repérer. Sa forme peut faire penser au roi des animaux, mais également à une souris ou à tout autre animal assis…

Située dans la partie inférieure droite du Lion, Régulus est l’étoile la plus brillante de la constellation et son nom est directement lié à la constellation où elle se trouve car en latin regulus signifie « petit roi ». Bien que nous ne voyions qu’une étoile à l’œil nu, un télescope nous montrera deux étoiles proches, le compagnon de Régulus étant jaune orangé. Les instruments d’astronomie professionnels nous ont même révélé que chacune de ces deux étoiles est elle-même double ce qui fait de Régulus un système quadruple, ce qui peut paraitre étonnant mais n’est pas si rare dans le ciel, de nombreuses étoiles naissant avec un ou plusieurs compagnons de voyage.
L’étoile à l’autre extrémité du Lion, Dénébola, tire son nom de l’arabe ancien « ḏanab al-asad » qui signifie la queue du lion. C’est une étoile qui apparait un peu moins lumineuse que Régulus, mais bien que deux fois plus petite et 23 fois moins lumineuse, sa distance de seulement 36 années-lumière (contre 80 pour Régulus) lui permet d’être facile à voir.

CielSud Signalons que tout comme pour la Vierge le Lion est riche en galaxies notamment sous ses pattes arrières avec un célèbre trio de galaxies (Messier 65, 66 et NGC3628) appelées le triplet du Lion, faciles à voir dans un petit instrument d’astronomie mais qui nécessite un ciel bien noir pour être confortablement observées.

Direction OUEST

Vénus et le ciel d’hiver

Le ciel d’hiver est encore visible en tout début de soirée avec notamment Orion très facile à trouver avec sa supergéante rouge Bételgeuse et sa supergéante bleue Rigel situées de part et d’autre de trois étoiles alignées représentant le baudrier d’Orion.

Plus haut dans le ciel nous avons les Gémeaux, une constellation un peu moins facile à distinguer qu’Orion mais qui correspond très bien aux deux personnages mythologiques qui lui sont liés : Castor et Pollux, nom d’ailleurs donnés aux deux étoiles principales de la constellation et représentant les têtes de nos deux héros.

Mais la véritable star de ce printemps 2020 c’est la planète Vénus. Visible depuis la fin 2019 et jusqu’à la fin du mois de mai c’est l’objet le plus brillant du ciel après le Soleil et la Lune. Appelée également l’étoile du berger, Vénus sera le premier objet à apparaitre dans le ciel du soir, plein Ouest. Sa forte luminosité dans le ciel est due à la fois à sa taille semblable à la Terre et à sa relative proximité avec notre planète (entre 50 et 150 millions de km ce printemps). A l’œil nu, hormis sa position dans le ciel du soir au fil des semaines, peu de changements sont notables. En revanche un petit instrument d’astronomie vous montrera les changements de phase de la planète. Etant donné que Vénus se trouve entre nous et le Soleil nous la voyons sous différents angles d’éclairage ce qui crée ses changements d’apparence au fil du temps. Nous pouvons ainsi observer un quartier ou un croissant de Vénus suivant le moment où nous l’observons. C’est d’ailleurs une des observations qu’avait faite Galilée au début du XVIIème siècle et qui lui avait permis de comprendre que la Terre tournait autour du Soleil !

Quel que soit votre moyen d’observation, le vendredi 3 avril sera probablement le soir le plus intéressant pour regarder Vénus car elle passera dans l’amas des pléiades. Ce groupe de jeunes étoiles situées dans le Taureau est très facile à observer. Déjà visible à l’œil nu (entre 5 et 7 étoiles sont généralement observées) cet amas est riche en étoiles dès que nous l’observons avec des jumelles ou un instrument d’astronomie. L’ajout d’un objet supplémentaire et aussi lumineux que Vénus devrait donner une observation remarquable. Un spectacle à ne pas manquer !

CielOuest

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