Naviguer en toute liberté?

Naviguer en toute liberté?

La mer est libre, dit-on. En partie en effet, mais en partie seulement. Depuis des décennies -je ne sais pas comment les états géraient l’accès à leurs côtes il y a longtemps- il est nécessaire d’obtenir avant chaque départ un document déclarant que l’équipage et le bateau quittent un pays ou un territoire en toute légalité. Ce document doit être présenté lors de l’arrivée dans un nouveau pays ou territoire.  Sans ce document, point de salut dans le nouvel environnement. Dans l’espace Schengen ces démarches sont devenues caduques, mais elles restent la norme partout ailleurs.

Le navigateur entrant dans les eaux territoriales d’un pays doit arborer un pavillon jaune (la lettre “Q” du code des pavillons, “Q” pour quarantaine) sous le pavillon du pays visité dans la mâture sur tribord. Ce pavillon doit être arboré  jusqu’à l’obtention de la part des autorités  de la “libre pratique”, c’est à dire du droit de naviguer dans les eaux territoriales.

Le plus souvent il faut traiter avec les autorités portuaires et navales, l’immigration et les douanes, parfois aussi avec les autorités sanitaires, et il arrive qu’il faille payer pour un « permis de croisière ». Cette étape fait partie de la prise de contact avec un nouvel état, ses autorités, et  la société qu’elles représentent. Parfois ce sont les autorités qui viennent à bord avec un bouquet de papiers à remplir. Il arrive que les militaires arrivent avec de gros souliers et en armes, la visite s’annonce alors peu plaisante. Une fois toutes les formalités remplies le skipper est autorisé à descendre le pavillon jaune.

Ainsi, en arrivant à Cuba en 2010 il nous a fallu  annoncer à la radio notre arrivée depuis le large. Les gardes côtes  nous ont alors guidé vers un mouillage où il nous fut ordonné d’attendre le médecin qui allait constater que nous n’étions pas porteurs de maladies contagieuses. Une démarche qui paraissait alors, en 2010, bien désuette. Après la visite  médicale nous avons été autorisés à accoster un quai où nombre de représentants d’autorités diverses  -que nous n’avons pas toutes identifiées- sont montées à bord, y compris un chien pour détecter d’éventuelles drogues. Le nombre de formulaires à remplir, chacun demandant en substance la même information, fut étonnant, mais le tout s’est déroulé avec courtoisie et le sourire.

Le pavillon “Q” sous le pavillon cubain lors de notre arrivée à Cuba en amrs 2010

Au temps du virus covid-19 les mesures sanitaires sont soudainement beaucoup moins bégnines. Elles sont prises par chaque pays ou région sans l’ombre d’une coordination d’un endroit à l’autre et peuvent changer de jour en jour. Certains pays refusent maintenant tout simplement l’arrivée de bateaux. Cela a donné lieu à quelques difficultés non négligeables. L’accès aux  Açores a ainsi été interdit à tout bateau étranger; non seulement aux paquebots de croisière, mais aussi aux voiliers. Or les Açores sont situées en Atlantique à plusieurs jours de navigation des côtes européennes et plus loin encore des côtes américaines; c’est une étape précieuse et prisée sur le trajet des Caraïbes vers l’Europe. Certains  équipages partis des Amériques ayant planifié une étape aux Açores se sont donc vu forcé de continuer directement vers l’Europe, sans considération pour d’éventuels besoin d’eau, de nourriture ou de fuel. Une situation qui peut être difficile.

Les Açores au milieu de l’Atlantique

Dans les Caraïbes certains skippers  ont été surpris par des règles qui changent pendant un trajet.  Ainsi un bateau norvégien avec à son bord un couple et un enfant de 5 ans est parti de St Maarten  vers Curaçao quand les ports de cette île étaient ouverts et devaient le rester plusieurs jours. Mais ils ont été  subitement fermés pendant la traversée du bateau.  Les Norvégiens se sont donc vu refuser l’entrée à Curaçao. Ils ne pouvaient aller nulle part, car tous les états environnants, y compris celui d’où ils venaient, avaient fermé leurs frontières entre temps. Avec de l’eau et des vivres pour un jour et demi seulement, leur situation était devenue  fort précaire. Pour ajouter aux difficultés,  les gardes côtes ont menacé de les remorquer dans les eaux internationales et de les laisser ainsi sans pouvoir aller nulle part et sans ressources. Aux dernières nouvelles cependant, après de dures négociations, ils pourront rester quelques temps dans un  mouillage et auront été avitaillés.

En Europe, la situation  s’est aussi tendue. Les autorités françaises, entre autres, ont décrété que seuls les déplacements indispensables sont autorisés. La navigation à voile n’en faisant pas partie, elle est explicitement interdite. Donc même si Barbara et moi avions pu rejoindre Gaia le 17 mars comme prévu, nous serions restés confinés à bord dans le port de la Rochelle sans possibilité de nous mettre en route pour notre périple.

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