De L’Islande à L’Irlande

De L’Islande à L’Irlande

Une lettre pour deux mondes ou de l’hiver à l’espoir du printemps.

La fin de notre périple dans le grand nord

Notre itinéraire de l’Ecosse à l’Irlande

La cascade de Dynjandi s’étale largement comme une jupe blanche qui cherche vainement à masquer le noir de la roche sur laquelle elle s’étale. Nous la quittons le 22 mai pour Hvammsvik, un mouillage au nord de Reykjavik. Une trentaine d’heures de navigation. Le temps est calme au fond du fjord, mais s’anime vigoureusement à son entrée. Trinquette, deux ris, hardi petits pour la descente vers le sud.

Chute d’eau de Dyjnandi
sortie du Arnarfjoerdur
Pétrel

La route longe tout d’abord deux caps abrupts et noirs puis traverse le Breidafjoerdur sur une septantaine de milles pour contourner la péninsule sur laquelle se trouve le Snaefellsjoekull, un volcan haut de 1400m que Jules Verne a imaginé être le point de départ de son Voyage au centre de la terre. Nous l’avons vu de très loin dans l’après-midi, puis toute la « nuit ». Le ciel est resté clair le glacier qui couronne les hauteurs de la montagne reflétait le rose du ciel quand le soleil a brièvement passé sous l’horizon. En le voyant ainsi seul on comprend bien son attrait comme cadre d’une histoire extraordinaire.

Snaefelljokull

A partir de la péninsule du Snaefellsjoekull il reste encore une autre septantaine de milles pour arriver dans la région de Reykjavik. Le temps se gâtant, nous avons renoncé à notre mouillage pour rejoindre directement le port de la ville. De toute évidence, nous sommes tôt dans la saison, le responsable du port de plaisance ne répond pas au téléphone et certains pontons sont stockés sur le quai plutôt que disponibles pour s’amarrer. Heureusement  qu’il y a un bout de ponton flottant disponible et que quelques navigateurs locaux nous donnent les clefs nécessaires pour accéder aux douches et à l’électricité, qui nous permet d’avoir de l’eau chaude.

Nous attendons Isabelle et Gérard le 27 mai. Ils nous accompagneront jusqu’en Irlande. Le bateau est fin prêt à leur arrivée pour cette traversée océanique qui devrait durer quelques quatre jours.

Isabelle et Gérard

Nous faisons une première étape dans le fjord au nord de Reykjavik, là où nous avions trouvé un hot spot l’année dernière. Mais les travaux de construction d’un centre thermal important ont progressé pendant l’hiver ; le hot spot est sec, en attendant probablement que l’infrastructure soit terminée et accueille des hôtes qui paieront certainement plus que les navigateurs pour lesquels le spot était gratuit. La soirée n’en reste pas moins douce, en regardant des nuages envahir les pentes voisines avec une grande élégance.

Arrivée de nuages à Hvammsvik

Le matin les nuages élégants de la veille se sont transformé en un brouillard épais. C’est donc au radar et cartographie électronique que nous avons quitté notre mouillage pour descendre le fjord dont nous n’avons simplement pas vu les rives.

Brouillard du lendemain

 Il faut ensuite longer la péninsule de Reykjanes vers l’est avant de la contourner pour rejoindre les Vestman islands au sud de l’Islande, notre dernière étape dans ce pays. Le ciel s’éclaircit sur la mer libre, quelques baleines expriment leurs souffles à quelques distances, les conditions sont excellentes et nous faisons bonne route sur les quelques 140 milles de cette étape. Nous arrivons après 42h de mer, avant la pluie, à Heimaey, le port des Vestman islands. Rhum pour tout l’équipage.

Arrivée dans les Vestman islands

Pierre Eckert, notre météorologue, nous suggère alors de quitter ces lieux le surlendemain, pour profiter de bonnes conditions  en route vers l’Irlande. Cela nous laisse donc une journée pour peaufiner les préparatifs pour la traversée, faire le plein d’eau et de fuel entre autres, et explorer la partie de l’île que nous connaissons moins. Isabelle et Gérard louent des trottinettes électriques, Barbara et moi des vélos à propulsion humaine et nous partons pour une excursion d’une quinzaine de kilomètres vers l’extrémité sud de l’île où l’on s’attend à trouver des milliers de macareux, un spectacle que Barbara a fort envie de voir. Les paysages sont superbes, mais les macareux encore absents, sauf pour quelques-uns que nous voyons au loin dans les falaises. Une des trottinettes tombe en panne d’électricité au retour, Isabelle et Gérard font donc trottinette commune pour la fin du parcours, probablement la partie la plus dangereuse de tout leur temps avec nous.

Au retour nous nous arrêtons à une terrasse, nos pulls sont suffisants pour cela, pour boire un premier verre. Le personnel sort des jus colorés pour prendre des photos de publicité et nous les offre ensuite. Que de produits colorés, non alcoolisés, dans lesquels la part de fruit doit être mineure par rapport à la contribution des Givaudan ou autres. Le froid se faisant plus incisif, nous rentrons dîner au chaud.

Départ le matin suivant pour 680 milles. Pierre Eckert nous avait recommandé ce départ, car une zone de haute pression était située entre l’Islande et l’Irlande. Elle nous donnerait donc des vents d’ouest pendant la première partie du trajet, peu de vent ensuite au sommet de la haute pression et des vents d’est enfin pour terminer. Les conditions étaient donc excellentes, le temps serait beau et pas trop froid. Les prévisions étaient justes et stables et nous avons rencontré les conditions attendues. Au fil de notre route vers le sud, les 680 milles représentent environ 11 degrés de latitude, les nuits sont devenues plus profondes, quelques étoiles sont apparues. La route est encore loin du traffic, mais nous avons vu quelques traces d’avions, leur chemin entre l’Europe et les Etats-Unis passant par nos latitudes.

En route vers l’Irlande

Après un peu plus de quatre jours de navigation nous sommes arrivés en vue des côtes irlandaises. De grandes falaises, du vert, des maisons même. Le pays est plus peuplé que l’Islande, et de beaucoup. Il fait doux, nous sommes au printemps et espérons avoir laissé l’hiver derrière. L’arrivée se fait à Killybegs, le lundi de Pentecôte, personne au téléphone ou à la radio, mais cela n’a pas grande importance, la documentation est suffisante pour trouver un endroit où amarrer Gaia. Nous sommes contents d’être arrivés, pas trop fatigués, après une magnifique traversée. Nous sommes d’autant plus heureux d’être bien amarrés que le temps doit se gâter dès le lendemain. Un fort courant  de sud se met en place, animé par la tempête Alex qui souffle sur tout l’Atlantique. Nous n’aurions plus pu partir pour bien des jours ensuite.

Killybegs est le plus gros port de pêche de l’Irlande
L’Irlande est verte

Trois autres bateaux se trouvent ici ou arrivent pour laisser passer une semaine de temps exécrable. Vent, pluie, froid. Nous ne sommes pas encore tout à fait au sud et le printemps irlandais n’est pas à la hauteur des espoirs suscités par la douceur de notre arrivée. Une semaine de rencontres aussi, tout d’abord Alain et Kallista, des Valaisans qui possèdent une maison ici et un bateau sur le même ponton que nous. Des accents qui trahissent leur origine pour les oreilles romandes. Nous partageons de longues discussions sur l’origine de l’Univers, et quelques whiskeys chez eux, à bord, mais aussi dans un immense complexe hôtelier luxueux construit et développé par un autre suisse romand au milieu de nulle part. Une visite de mon collègue de Dublin Brian McBreen qui vient tout exprès de Dublin nous rendre visite pour un dîner à Donegal et des discussions animées sur la marche du monde. D’autres vaudois en vadrouille ici enfin, ils nous racontent leur entreprise à Etoy.

Avec Brian McBreen

Le temps aussi de voir tout de Killybegs, le seul musée, un musée de tapis, est fermé, le temps encore d’une belle excursion dans l’arrière-pays et les petites villes qui s’y trouvent. L’industrie locale est centrée sur le tissage de la laine des innombrables moutons que l’on voit par ici. Il ne pousse pas grand-chose d’autre que de l’herbe ici. Les humains n’en consommant que très peu, nous sommes reconnaissants aux moutons de transformer cette herbe en produits utiles comme la laine, le lait et la viande. N’en déplaise aux vegans, cette approche de la nature a tout son sens pour la survie humaine ici.

Excursion depuis Killybegs

Bref, la semaine se passe. La suite s’annonce un peu compliquée, nous allons au sud, là d’où le vent vient tous ces prochains jours.

15 réflexions sur « De L’Islande à L’Irlande »

  1. Bonne traversée. Vous aurez le vent contre vous si j’ai bien compris. Cela sera rude pour avancer quand même???
    Sur La Côte on a les canicules. Vous échappez à ça.

  2. Nous te remercions cher Thierry pour ce journal avec photos!
    le texte comme les photos illustrent bien votre aventure , c’est super!
    belle continuation et ‘take care’! nous savons que vous êtes prudents!!!
    la bizzz de haute savoie où il fait très chaud et on attend la pluie qui ne semble pas vouloir venir arroser ces lieux deshydratés!

  3. Que sont-ce ces perles météo, telles un collier, au Sud-Ouest de votre position fixe le 16/06/2022? Observée sur la carte des vents reçue ce jour.

    1. Je ne vois pas bien ce à quoi vous faites allusions. Voulez-vous m’envoyer une capture d’écran par courrier?

  4. Belle route vers le sud même si les vents sont contraires, au bout la douceur des températures et une vie plus animée vous attendent pour varier les plaisirs!

  5. Tellement bien raconté !
    Plaisir de la lecture et de la découverte !
    Merciii !!!
    Bonne journée !
    Bernie

  6. merci toujours pour ces infos et commentaires que nous n’avons pas toujours le temps de lire
    en stand by à Longyearbyen Station Balnéaire du Svalbard avec les hordes de croisiéristes
    nous redescendons vers le sud en Septembre
    au plaisir de croiser nos routes

  7. Magnifiques images et très beau texte, cela donne envie!! Surtout en ces temps de canicule 🙂
    Bonne journée!
    Sébastien

  8. Toujours un immense plaisir de te lire… merci Thierry ! Les photos sont superbes et j’aime la photo de Barbara au vent …tout de bon pour la suite vers le Sud en attendant avec impatience la suite du recit…
    Biz à vous 2! Prenez soins de vous!!!!

  9. Merci pour la description de votre voyage Islande-Irlande. Très intéressant. J’ai trouvé où se trouve Étoy (que je ne connaissais pas). Vous êtes presque voisins! Se retouver entre voisins si loin, quelle improbabilité!

  10. Bonjour à vous deux !
    La fraîcheur de l’Irlande me fait envie … lors d’un voyage, j’avais découvert un cottage loin de tout, entouré de moutons, prairie verte, vue sur la mer : le rêve de l’écrivain !
    J’y pense encore !
    Excellente continuation, à bientôt pour de nouvelles aventures. Francine et Alain

  11. Hello les compatriotes !
    Pas de bêtises, on vous a à l’oeil…
    Sommes bien rentrés en Valais et vous suivons également sur Marine Traffic.
    Bon voyage et good luck !

    Alain et Kallista

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