De la Bretagne à la Grande Bretagne

De la Bretagne à la Grande Bretagne

samedi 4 juillet

La Bretagne n’est pas le lieu des étés sans nuages. Il pleut, il vente, le chauffage marche ce matin! Nous sommes à Concarneau depuis bientôt une semaine. Nous y sommes tout d’abord resté pour attendre le remplacement de notre système AIS. L’AIS (Automatic Identification System) est un système de communication automatique entre les bateaux et entre bateaux et la terre. Un message codifié et standardisé donne toutes les quelques minutes la position de la station émettrice, le nom du bateau et quelques informations comme sa vitesse et, pour les professionnels, sa destination. C’est un système que nous estimons être un réel apport à la sécurité quand nous sommes dans des eaux parcourues par des cargos en nombres, comme par exemple dans la Manche. Le nôtre a refusé tout service il y a quelques jours et Garmin, le fabriquant, a jugé nécessaire de changer l’unité sans même passer voir quel pourrait être le problème. Puis le temps s’est sérieusement dégradé, ne nous permettant pas de passer le Raz de Sein, un endroit difficile, pour rejoindre Camaret. Nous avons profité de cette période pour faire une longue balade sur le sentier des douaniers et voir le musée de la mer, un musée, plutôt bien fait, associé à un institut de recherche.

Si notre progression le long de la Bretagne est plutôt lente, elle n’en est pas moins plaisante. Malgré le temps bouché, nous avons fait une traversée rapide vers Pornic, où nous avons passé une belle soirée avec un couple de navigateurs au très long cours que nous avions rencontré en janvier, puis encore une belle navigation vers Groix et ses mégalithes et une autre vers Concarneau. La ville close, bien préservée, est un peu un musée dépourvu de vie autre que touristique. Nous avons beaucoup marché dans des quartiers industriels de la ville à la recherche d’une rallonge électrique. Nous avons trouvé dans ces régions une ville un peu triste et sans allant, un monde industriel lié pour beaucoup à la pêche donnant une impression de déclin. Nous ne pouvons qu’espérer que cette impression ne représente pas toute la réalité de la ville et de sa région.

La veille de notre départ de Concarneau, en marchant sur la digue nous avons vu arriver ce qui semblait être un bateau de grand voyage, rouge, dans la pluie et le brouillard. En rentrant de notre balade nous avons croisé le couple qui venait d’arriver et échangé quelques regards intrigués, le nom de leur bateau ne nous était pas tout à fait étranger, le visage de l’homme ne semblait pas inconnu à Barbara. Nous sommes entrés en conversation et avons appris qu’ils arrivaient directement de la Guadeloupe, 35 jours de mer, avec deux petites filles. Ils étaient un peu sous adrénaline, rentrant en France après quatre ans et demi de voyage tout autour des Amériques. Ils avaient traversé le passage du nord ouest (nord du Canada et Alaska) en compagnie du bateau et de l’équipage avec lequel nous avions passé un hiver à Tromsø. En fait nous nous étions déjà rencontré à Tromsø en 2009, quand nous préparions notre tour de l’Atlantique. Tromsø semble véritablement être un point d’attraction pour les voyageurs du nord en bateau!

Tonga arrive à Concarneau de La Guadeloupe après 35 jours en mer

Nous avons aussi passé du temps avec l’équipage d’un autre bateau de voyage en pleine préparation avant de quitter Concarneau pour la rivière Odet. Nous les reverrons peut-être dans notre périple vers l’Ecosse.

Dimanche 12 juillet, littéralement au milieu de La Manche.

Il fait un temps superbe pour cette traversée, notre deuxième essai.

Notre AIS nous a de nouveau lâché alors que nous naviguions sur l’Odet que nous avions longuement remontée et redescendue avant de mouiller notre ancre pour une nuit paisible dans un paysage fait de calme, de forêt et de splendides demeures. Fâché, j’ai rappelé les services qui nous avaient changé l’appareil après une attente de près d’une semaine. Le même technicien est revenu à bord, il a consulté le manuel d’installation et constaté que le branchement d’origine avait été mal fait. Il a corrigé et est reparti une demi heure plus tard. Tout est rentré dans l’ordre. Il ne suffit donc pas de changer les appareils, un petit effort de diagnostique aurait suffit et épargné temps et efforts à tous. Amen.

En remontant l’Odet

Jérôme Kasparian est venu de Genève pour s’occuper du détecteur d’aérosols (https://sy-gaia.ch/category/science-et-voile-avec-gaia/a-propos-de-ce-que-nous-parcourons/physique-de-latmosphere/). Il est reparti avec l’appareil pour modifier son alimentation électrique. Puis départ pour Camaret.

Il faut passer le Raz de Sein sur ce parcours, un endroit de courants violents qui rendent rapidement la progression impossible et la mer dangereuse. Il faut donc bien estimer le temps de parcours avant d’arriver sur la Plate et la Vieille qui marquent le passage, où il faut arriver aux heures pendant lesquelles les courants de marée sont les plus faibles -et si possible dans la bonne direction-. Nous nous sommes fait appelé en approchant du Raz par les services de secours en mer pour nous enquérir d’un bateau qui n’avançait pas et ne répondait pas à la radio. Nous nous sommes donc déroutés de quelques Milles, mais le contact avait été rétabli et le problème s’était résolu. Nous sommes arrivés sans encombres à Camaret, pour passer une nuit avant de poursuivre vers les îles Scilly.

La Plate et la Vieille marquent le Raz de Sein
Les courants dans le Raz de Sein

La Manche

En bateau plutôt qu’à pied… https://sy-gaia.ch/%e2%80%a2la-traversee-de-la-manche-au-temps-des-mammouths/

Nous sommes partis vers midi le 9 juillet dans un vent soutenu, du crachin et une mer bien formée. Des conditions efficaces et parfaitement acceptables vues de notre cockpit bien protégé. Quelques 10h après notre départ, la nuit juste tombée, notre système de barre est devenu très dur et le bateau difficile à tenir. Quelque peu soucieux, nous avons fait demi tour, mais la barre est redevenue acceptable, nous avons alors continué notre route. Deux heures plus tard, le problème a réapparu. Nous avons alors définitivement décidé de rentrer sur Camaret, nous doutant qu’une réparation y serait plus aisée que dans des îles perdues à l’ouest de la Cornouaille.

Le chantier Amel a été prévenu et a réagi au quart de tour. Le lendemain matin, un samedi, leur directeur technique est arrivé avec les pièces nécessaires et la réparation a été faite dans la foulée. J’ai constaté que notre système de barre comprend plusieurs redondances qui permettent de parer à de multiples problèmes, même en mer. Notre confiance dans le bateau a donc, peut-être paradoxalement, été renforcée par cet incident.

Un nouveau point météo avec Pierre Eckert a montré que les conditions pour une traversée aujourd’hui (le 12 juillet) seraient bonnes, même si les vents étaient attendus légers et le temps de parcours plus long. En fait les vents sont suffisamment soutenus pour qu’à 17h, au moment où j’écris ces lignes nous soyons déjà à mi parcours. Si le vent tient nous arriverons de nuit et irons poser notre ancre quelque part pour finir la nuit.

Cargo dans la Manche

Le 15 juillet

Le vent n’a, comme prévu, pas tenu. Il est devenu très faible pendant la nuit. Comme nous avions le temps, nous nous sommes laissés glisser tout lentement dans une nuit somptueuse. Jupiter est apparue, la mer était si calme que sa lumière se reflétait à la surface de l’eau, comme aussi la voie lactée. Peu après minuit la comète NEOWISE est devenue visible juste au dessus de l’horizon nord. Un spectacle féerique. Des dauphins nous ont accompagnés durant de longues heures le soir, et le matin à nouveau.

En arrivant au Royaume Uni

Le vent s’est relevé, comme nous l’avait annoncé Pierre Eckert, à 6h et nous a permis d’avancer à nouveau très bien pour arriver à Saint-Mary’s en fin de matinée. Bref une traversée superbe, avant que la pluie et le crachin ne reprennent le dessus.

16 thoughts on “De la Bretagne à la Grande Bretagne

  1. Merci pour ce magnifique partage qui permet de voyager avec vous en ces périodes où les projets se font rares ! Profitez et bonne suite….., belles rencontres humaines et aquatiques…., avec le moins de soucis “techniques” possible !

  2. Chers amis,

    Magnifique récit de votre traversée aux îles Scilly. Merciiiiii beaucoup!
    J’ai l’impression d’avoir été avec vous sur Gaia. Contente que les problèmes techniques semblent résolus .
    Me réjouis de votre prochain mail
    Amitiés Hélène et Emil

  3. Chère Barbara, cher Barbara

    Je vous suis depuis le fauteuil à la maison. Merci, cela me fait envie de partir! Mais voyager sans bateau est toujours pénible, j‘attend le temps après les masques! Je vous envie pour le rencontre avec les dauphins. Super! Bonne continuation. Bises. Ruth

    1. Comme je ne suis ni très courageuse ni téméraire, j’apprécie énormément ce récit qui me permet de voyager un peu avec vous sans perdre mon confort !!😄😄😄je me réjouis déjà du prochain rapport !! Prenez bien soins de vous et profitez surtout de ces moments uniques !! Tendres pensées

  4. Chère Barbara et cher Thierry,
    Je suis ravie d’avoir toutes ces belles nouvelles!
    Bonne continuation!
    Amicalement,
    Hélène

  5. Merci aussi..
    Nous sommes contents que tout a bien marché pour la traversée aux Scilly Islands.
    Très jolie photo avec Amanda..
    Alors tout de bon pour la suite..and no more hiccups!
    The Dufours

  6. Magnifique, votre journal ! Jupiter, la comète, les dauphins, comme si on y était…
    Je me souviens de ces familles qui vivent sur les bateaux, ils sont fort courageux…
    Votre témoignage m’a rappelé une remontée en kayak de l’Odet, très calme et un peu bourgeoise, en effet, je n’avais pas réalisé qu’on pouvait y mouiller un grand voilier !
    Bon vent et belle suite à vous, bravo pour la prudence.
    Greg

  7. Chers Amis,
    En lisant votre texte j’entendais votre voix comme si vous étiez à côté de moi. Belle aventure que vous partagez avec ceux restés à la maison. J’attends déjà avec impatience la suite.
    Merci et bons vents!
    Jean-François

  8. Merci pour ce récit. Nous baignons dans votre navigation. Bon courage dans les pépins qui vous surprennent !! Pour nous nous sommes avec nos petits enfants 👶
    Vous souhaitons le meilleur. Bises Antoinette et Pascal

  9. Votre récit détaillé nous fait voyager depuis notre salon, les yeux dans les étoiles et sur la comète, sans mal de mer ni ennuis techniques … que demander de plus ?
    Bonne continuation, avec le moins de soucis possibles

  10. Malgré que vous ayez eu un coup de barre et que votre AIS a pété un câble, vous avez quand même réussi à faire la Manche pour arriver à vos fins. C’est du joli !!!
    Rien ne vous arrête et c’est très bien ainsi !
    Continuez sur cette belle lancée et profitez bien!
    Amitiés
    Raphael

  11. il y a longtemps …
    dix ans…
    J’étais heureux de lire votre nouveau projet et de m’émerveiller devant votre nouveau yacht.
    Je vous félicite pour votre entreprise et j’attends avec impatience de nombreux rapports.
    beaux voeux
    Urs et Susi Ott

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